bagneris.net


L'usage du monde

[ lundi 9 mars 2009 - lectures]

L'usage du monde - Nicolas Bouvier

Nicolas Bouvier

Il y a un moment que je pensais lire ce livre. Ce n'est pas que les nombreux lecteurs compulsifs de mon entourage me l'aient directement recommandé, mais j'en ai si souvent entendu des éloges que ma curiosité a pris le dessus sur mon habituelle méfiance vis-à-vis des ouvrages trop encensés et des quatrièmes de couverture dithyrambiques (oui j'ai regardé dans le dictionnaire).

Nicolas Bouvier et Thierry Vernet ont voyagé de leur Suisse natale (l'ouvrage débute en fait en Yougoslavie) jusqu'à Khyber Pass (un col entre Afghanistan et Pakistan) à la fin des années cinquante. Une automobile que l'on devine fatiguée les a accompagnés jusqu'au bout du voyage, et l'on se demande parfois s'ils n'ont pas parfois plus porté celle-ci que l'inverse. J'ai aimé ce livre tout simple à cause de sa simplicité justement. Des "aventuriers" d'aujourd'hui auraient relaté en long, en large et en travers l'"exploit" d'avoir franchi ces déserts et montagnes avec un véhicule cent fois démonté et remonté, porté et poussé au long des pistes turques et iraniennes. Nicolas Bouvier n'en a cure, évacue ces incidents comme on raconte sa journée, et nous convie à son émerveillement des paysages et des rencontres. Ici, le voyage n'est certainement pas le déplacement d'un point à un autre, mais bien un état d'esprit, qui vous gagne progressivement au fur et à mesure des pages tournées, et des kilomètres parcourus ou non (les haltes hivernales peuvent durer quelques mois...).

Je ne résiste pas au plaisir de citer quelques lignes, retrouvées ailleurs sur la toile :

Pour une raison ou une autre, il peut arriver qu'on arrête la voiture et
passe la fin de la nuit dehors. Au chaud dans une grosse veste de feutre, un
bonnet de fourrure tiré sur les oreilles, on écoute l'eau bouillir sur le
primus à l'abri d'une roue. Adossé contre une colline, on regarde les
étoiles, les mouvements vagues de la terre qui s'en va vers le Caucase, les
yeux phosphorescents des renards. Le temps passe en thés brûlants, en propos
rares, en cigarettes, puis l'aube se lève, s'étend, les cailles et les
perdrix s'en mêlent... et on s'empresse de couler cet instant souverain
comme un corps mort au fond de sa mémoire, où on ira le rechercher un jour.
On s'étire, on fait quelques pas, pesant moins d'un kilo, et le mot
"bonheur" paraît bien maigre et particulier pour décrire ce qui vous arrive.
Promouvoir et soutenir le logiciel libre

Tags

En cours

Le vaisseau ardent - Jean-Claude Marguerite

Le vaisseau ardent
Jean-Claude Marguerite


A Django site.